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De Rive Gauche à Saint Laurent Paris, une histoire racontée par les sacs

Le 29 janvier 1962, Yves Saint Laurent présente sa première collection de haute couture sous son propre nom, avec Pierre Bergé à ses côtés. Le monogramme aux trois lettres entrelacées, dessiné à la même époque par l’affichiste Cassandre, deviendra l’un des sigles les plus reconnaissables de la mode. Plus de soixante ans plus tard, il ferme toujours des sacs. Entre-temps, la maison a changé de propriétaire, de directeurs artistiques et même de nom, et chaque période a laissé ses modèles.

Les années Yves Saint Laurent, entre couture et licences

En 1966, la maison ouvre rue de Tournon sa première boutique de prêt-à-porter, Saint Laurent Rive Gauche. Le geste est fondateur : la mode du couturier quitte les salons pour rejoindre la rue. Ces années sont celles du smoking pour femme, présenté en 1966, et de la saharienne, deux ans plus tard. La maroquinerie n’est pas encore au centre de l’offre : ce sont les vêtements qui font la réputation du couturier. Dans les décennies qui suivent, la maison développe aussi un vaste réseau de licences, des parfums aux accessoires.

Pour qui hérite aujourd’hui d’un sac siglé de ces années-là, cette histoire a une conséquence directe. Sous le même sigle ont circulé des pièces fabriquées dans des conditions très différentes : pochettes du soir, sacs à main en cuir, modèles marqués du monogramme, certains d’une belle facture, d’autres plus ordinaires. Un sac « YSL vintage » ne dit donc pas grand-chose tant qu’il n’a pas été identifié : modèle, matière, finitions, période. C’est précisément le travail d’un expert, qui dispose des références permettant de situer une pièce dans cette production foisonnante.

Tom Ford puis Stefano Pilati, l’accessoire passe au premier plan

En 1999, le groupe Gucci rachète la maison. Tom Ford prend la direction de la création du prêt-à-porter Rive Gauche, tandis que le couturier continue de signer la haute couture jusqu’à sa retraite, annoncée en 2002. Les sacs prennent alors une place centrale dans l’offre. Le Mombasa, avec sa poignée en corne, reste associé à ces années-là.

Avec le départ du couturier, la maison de haute couture ferme ses portes. Ses archives sont aujourd’hui conservées par la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, dont l’hôtel particulier de l’avenue Marceau est devenu un musée en 2017. Pour qui veut comprendre l’esthétique de la maison avant d’acheter ou de vendre une pièce ancienne, la visite est une excellente entrée en matière.

Stefano Pilati succède à Tom Ford en 2004. Sous sa direction naît notamment le Muse, sac structuré et généreux qui a marqué le milieu des années 2000. Il a été décliné en plusieurs tailles, dans de nombreux cuirs et coloris, ce qui en fait un bon exemple de modèle dont le nom seul ne suffit pas à l’estimation. Ces pièces ont aujourd’hui une vingtaine d’années ; elles arrivent sur le marché de la seconde main avec une identité déjà bien établie.

En 2012, le nom change et le sigle demeure

Avec l’arrivée de Hedi Slimane, en 2012, le prêt-à-porter est rebaptisé Saint Laurent Paris. Le changement a fait couler beaucoup d’encre, et il trouble encore des vendeurs qui découvrent une étiquette sans le prénom du fondateur. Le sigle YSL, lui, est resté sur de nombreux accessoires. Le Sac de Jour, structuré, aux lignes nettes, appartient à cette période.

Depuis 2016, Anthony Vaccarello dirige la création. Parmi les modèles récents, le Loulou, matelassé et orné du sigle métallique, compte parmi les plus reconnaissables. Ces sacs circulent en nombre sur le marché de la seconde main, souvent en bon état, ce qui rend la comparaison plus serrée : l’état, le coloris et la présence des accessoires y font la différence. Pour l’estimation, la question n’est pas de savoir quelle époque serait « la bonne », mais de situer précisément chaque pièce dans la sienne.

Pourquoi la période pèse autant que le modèle

Deux Muse peuvent différer par la taille, le cuir, la couleur, les finitions et l’année de fabrication. Un sac des années de licences ne se lit pas comme une pièce sortie des ateliers sous Tom Ford. La désirabilité d’un modèle dépend aussi de sa période et de l’intérêt qu’il suscite, à un moment donné, auprès des collectionneurs. Certains recherchent les pièces associées à un directeur artistique précis, d’autres s’attachent au seul sigle, quelle que soit l’époque.

Une page d’estimation sac Yves Saint Laurent publiée par une maison de ventes parisienne le formule simplement : il faut tenir compte du modèle, de la période, des caractéristiques et de l’état de la pièce. L’examen porte ensuite sur le cuir, les angles, les poignées ou la bandoulière, la doublure, les coutures, les fermetures et les éléments métalliques, puis sur les marquages, les accessoires et les documents conservés, avant une comparaison avec des références du marché.

Si vous possédez un sac de la maison, notez l’inscription de l’étiquette intérieure telle qu’elle apparaît, sans en tirer de conclusion. C’est un indice d’époque parmi d’autres, que l’expert recoupera avec la matière, la construction et les finitions.

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